OPEX (épisode 2) : son déroulement

OPEX (épisode 2) : son déroulement

Sophie Aman vous fait découvrir les coulisses d’une composante essentielle du métier de militaire : les opérations extérieures, usuellement appelées OPEX.

Au fil des décennies, au plus près des fluctuations des tensions et instabilités dans le monde, la nature même des opérations extérieures a évolué. Elles pouvaient par le passé se rapprocher du désert des Tartares. L'ennui était bien présent, trompé par des soirées plus ou moins arrosées, des activités sportives ou un tiercé des éléphants¹. Elles sont actuellement d'une toute autre nature.

Avant même d'être arrivés, encore dans les airs, les militaires perçoivent que l'ambiance a changé. La pression s'installe. Chacun sait qu'il passera 4 mois dans la marmite bouillonnante dans l'un des endroits les plus chauds de la planète. Quelle que soit sa fonction, sa spécialité, le risque est omniprésent, l'insécurité palpable. A chaque instant, de jour comme de nuit, cet équilibre précaire, ce calme apparent peuvent laisser place au chaos, aux cris, aux larmes, à la mort. L'engagement est absolu, constant. Les procédures de sécurité sont lourdes, autant que peut l'être l'équipement du soldat :  plus de 15 kg d'équipement sur le dos au minimum. Des contraintes permanentes difficiles auxquelles il faut s'adapter, avec des actions de combat particulièrement fréquentes.

Ces conditions extrêmes rapprochent les militaires, de tous grades, de toutes spécialités. La responsabilité (des chefs de groupe, de section, jusqu'au plus haut niveau) atteint son paroxysme. Confier sa vie à un tiers, détenir entre ses mains la vie de ses subordonnés sont des facteurs qui concourent certes à une grande proximité mais plus que tout constituent une pression psychologique terrible. Aucune erreur n'est possible, la vigilance est extrême. De semblables expériences, renouvelées tout au long des 4 mois que dure l'opération extérieure, façonnent en profondeur celles et ceux qui les ont vécues. Ils retrouveront la terre de France à l'issue de la mission, après le passage transitoire à Chypre, puis leurs familles respectives, différents.

Nul ne rentre tel qu'il est parti : ces 4 mois marquent à vie. D'où l'importance du contact régulier avec les familles, les conjoints, les enfants. Autant que possible, ces liens préservés, construits habilement, concourent à conserver une forme de stabilité dans la tempête, de maintenir le cap de sa vie. De rester fermement accroché à une forme de normalité, à ses racines. De rendre tout simplement possible une nouvelle configuration familiale au retour. Si le conjoint resté au pays avec les enfants a pris soin de préserver au quotidien l'espace symbolique et pratique du militaire absent, si les impératifs techniques et de sécurité ont permis un contact régulier entre eux tout au long de ces 4 mois, les retrouvailles pourront se faire dans les meilleures conditions.

Le militaire aura pu, au fil des contacts, rapprocher « sa » réalité de celle de sa famille, construire les passerelles entre ces deux univers si différents et presque antagonistes. Édifier progressivement un possible futur : nouvelle mission pour tous les protagonistes, cheminement particulièrement complexe, défi d'aujourd'hui, défi de toute une vie...

¹ Course d'escargots

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