OPEX (épisode 3) : le retour

OPEX (épisode 3) : le retour

Sophie Aman a choisi de nous parler de cette étape attendue et redoutée : le retour d'OPEX.

Bien qu'incontournable, cette étape précise du retour n'a pendant longtemps pas bénéficié de l'attention de l'administration militaire. Du fait de la réduction du format de nos armées, le temps passé en opération extérieure au cours d'une carrière augmente notablement. Aussi ce moment particulier et délicat commence-t-il à être étudié avec davantage d'attention.

Comment rentre-t-on de la guerre ?

La question peut paraître abrupte et pourtant elle exprime bien le sujet. En effet, le militaire en OPEX est bien en guerre : physiquement, psychologiquement, mentalement. Il vit en guerre, il mange en guerre, il communique en guerre... il dort en guerre. Chaque action de son quotidien, aussi insignifiante soit-elle en elle-même, est conditionnée par ce même environnement de combat, avec ses spécificités. Comment « en revenir » ? Le retour du militaire dans son foyer constitue un vrai défi. Il devra développer une prodigieuse capacité d'adaptation pour passer d'un monde à un autre.

L'évolution du moyen de transport

A travers les âges, les moyens de transport ont évolué. Actuellement, en l'avion, le lieu du théâtre d'opération et la garnison où le militaire va retourner est seulement séparé de quelques heures. Cette compression du temps - quand le déplacement à pied durait des mois et celui en bateau des semaines - constitue une difficulté supplémentaire. En effet, ce temps du voyage, pour peu qu'il soit assez long, permettait au soldat de disposer d'un espace intermédiaire, sorte de sas transitoire entre deux réalités antagonistes : sa vie de combattant en guerre et sa vie de soldat au quartier, entouré des siens.

Comment chacun s'efforce de négocier le passage de la guerre à la paix ?

Cette transition comporte également un processus individuel, personnel, presque intime. Contigu à l'action collective du mouvement de son unité. Ce retour a été nourri par une activité psychique régulière, quand chacun pense à ses proches, à ses amis, à son retour. Alimenté à la fois par l'attente, par les joies de cet instant merveilleux et simultanément appréhendé.

Un nouveau chapitre de la vie du militaire va s'écrire. Néanmoins, pour la cohérence et la structuration de la pensée (et plus largement du comportement) le chapitre « guerre » en OPEX doit être clos.

Quels rituels pour passer du temps du combat au temps de la vie ordinaire ?

La durée d'une OPEX est habituellement de 4 mois. Un temps assez long pour habiter une fonction, pour être façonné par cette vie particulière du soldat en opération. Où des liens puissants se créent dans le groupe, d'autant plus intenses que chacun est confronté à la mort. Une identité commune, ciment de la cohésion, dont le soldat va devoir se défaire, pour permettre à sa vie de reprendre son cours habituel. Le retour a lieu autant dans la tête que physiquement avec le corps... Un soldat peut rentrer avec son corps et laisser sa tête là-bas.

Chypre : le sas sur le chemin du retour

Ce dispositif récent (l'armée de terre l'a mis en place en 2009) n'est pas toujours bien perçu ni même apprécié à sa juste valeur. Il présente pourtant plusieurs avantages. En premier lieu il offre un espace-temps transitoire entre deux mondes (guerre et paix). Il peut également s'apparenter à un rituel où le chapitre « OPEX » se termine. Et ainsi rendre possible le commencement d'un nouveau chapitre « maison ». Son articulation a été élaborée pour constituer une étape active dans le processus du retour. Trois jours avec des activités précises en groupe et en individuel, le tout dans un cadre accueillant et confortable, dans lequel les militaires côtoient des vacanciers civils en famille. L'occasion de familiariser son oreille à d'autres bruits, de réadapter son comportement, son attitude, son regard... étapes vers une réappropriation de la normalité. Celle dans laquelle il va s'immerger dans quelques jours, entourés des siens.

Le chemin jusqu'au retour à la maison n'est pas fini, rendez-vous en mai pour les prochaines étapes.

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