L’interview de Sylvain Favière

L’interview de Sylvain Favière

Dans "Ma blessure de guerre invisible", Sylvain Favière, un soldat français, raconte comment, après avoir conduit sa mission en Afghanistan, il a fait face à un autre combat : celui contre un état de stress post-traumatique.

Nous l'avons rencontré en janvier 2013, quelques jours après la sortie de son livre.

Quelle est la genèse de ce livre ?
Alors que je poursuivais ma thérapie avec un psychiatre des armées, j'ai eu le besoin de partager mon expérience. Je voulais ouvrir le dialogue et faire tomber les tabous. Il me semble important d'aider les gens à reconnaitre les signes d'un état de stress post-traumatique, qu'ils soient eux-mêmes touchés ou que ce soit un proche qui en souffre.

Où en êtes-vous dans votre guérison ?
Guérison n'est pas le mot approprié. J'ai eu une blessure qui cicatrise aujourd'hui. Je sens qu'elle est là et elle le sera toujours. Le Sylvain qui est parti en Afghanistan n'est pas le même que celui qui est rentré. Je réapprends à vivre différemment. J'ai arrêté le traitement psychiatrique pour l'instant, je n'y trouvais plus de réconfort. Quand j'en ai besoin, je vais voir mon médecin traitant, cela me permet de me libérer par la parole. Je ne rêve plus systématiquement de l'Afghanistan. Mes émotions ont changé. Je reste très sensible. Ces émotions me rappellent à ma cicatrice. J'ai appris à l'accepter et je n'ai plus ni honte, ni peur de les montrer.

C'est ma vie de famille qui a été la plus bouleversée. J'en profite pour souligner l'importance du rôle des femmes de militaire. Elles sont le pilier de la famille et doivent être solides. Je sais que la mienne, qui est une femme très forte, a été fragilisée par la situation. On apprend encore aujourd'hui à vivre ensemble. Avec mes filles, le changement a été plus simple à gérer. J'ai l'impression qu'elles préfèrent le "nouveau" Sylvain qui est moins autoritaire et exigeant que l'ancien.

Quels sentiments vous habitent aujourd'hui ?
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, je ne suis pas en colère et je ne l'ai jamais été. Comme je l'écris, j'ai plutôt souffert d'un manque de reconnaissance de la part de la société civile. Ce manque de reconnaissance s'est amélioré depuis que je suis rentré mais je trouve que les médias n'ont pas toujours la bonne attitude.

Quels sont vos conseils pour ceux qui souffrent comme vous d'une "blessure invisible" ?
Je suis persuadé que l'état de stress post-traumatique ne peut être évité. Chacun le vivra avec plus ou moins d'intensité et gérera les symptômes à sa manière.

A ceux qui en souffrent, je n'aurais qu'un conseil : parler. Ouvrez-vous à qui vous voulez, personnel médical, ami ou même à un inconnu. Il n'y a aucune honte à avoir.

La prise en charge ne peut venir que d'une démarche personnelle. C'est vraiment dans ce but que j'ai écrit ce livre : aider la prise de conscience de cette blessure qui est la première étape pour sa prise en charge. Et je suis heureux d'avoir déjà reçu le témoignage de cette femme de militaire dont le mari a les symptômes que je décris dans mon livre (cauchemars, hypersensibilité, irritabilité…). Elle espère que la lecture de mon livre aidera son mari à prendre le chemin de la guérison. Si je peux avoir aidé ne serait-ce qu'une personne, ce livre aura été utile.

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La récit de son parcours

En savoir + :

www.esprit-com.net (prix de vente : 12€)
L’intégralité des droits d’auteur est reversée à l’association Terre Fraternité.

http://www.facebook.com/MaBlessureDeGuerreInvisible

http://www.youtube.com/watch?v=zcdqlrmqpOY&sns=em

2 réponses

  1. Sophie-A
    "Ouvrir le dialogue"... trois mots lourds de sens. C'est ainsi que Sylvain Favière partage avec nous son expérience. Que de chemin parcouru pour ouvrir en lui la porte vers son intériorité, quel courage pour oser non seulement exprimer sa souffrance mais plus encore l'exposer. Pour communiquer sur un sujet personnel, intime, presque secret encore. Grâce à lui, et à toutes celles et ceux qui s'expriment, ce tabou va disparaître progressivement. La brèche est ouverte, le flot des souffrances muettes va pouvoir passer par là. Quelle justesse dans ses propos, quelle lucidité dans ses mots ! De cette blessure définitive avec laquelle il faut apprendre à vivre, de l'importance du conjoint, de l'entourage. Qui est contraint à trouver en lui les ressources nécessaires pour cette impérieuse adaptation. Il évoque également la reconnaissance, essentielle dans le processus de reconstruction. A noter que France 2 a consacré une émission "Complément d'enquête" à ce sujet, intitulé "Soldats : la guerre... et après", diffusée le 14 février 2013, et accessible en ligne actuellement (http://pluzz.francetv.fr/videos/complement_denquete_,77106170.html ) Merci à Sylvain et à l'AGPM pour ce témoignage.
  2. dom38
    J'ai vu cette émission du 14 février sur France 2 et le témoignage de Sylvain hier sur Canal+, et je suis à la fois étonnée et consternée de constater qu'en France nous sommes très en retard sur le sujet. Les USA traitent le syndrome de stress post-traumatique (SSPT en français, PTSD en anglais) depuis les années 80. C'est Francine Shapiro qui a mis au point une technique appelé E.M.D.R. qui commence à être très connue maintenant, pour traiter les vétérans de la guerre du Vietnam. Actuellement, 30 ans après, l'EMDR est utilisé pour traiter le SSPT mais pas seulement pour les soldats traumatisés, mais pour tous ceux qui ont subi des chocs ou été confrontés à des images chocs (accidents, agressions, viols, tremblements de terre, toutes les situations de grande peur ...). Des statistiques ont révélé que 50% des photographes de guerre souffrent du SSPT, simplement par la vue d'images chocs. Le SSPT est donc beaucoup plus répandu qu'on ne le pense et personnellement j'utilise l'EMDR tous les jours dans ma pratique (je suis psy), mais jamais pour des soldats. Alors soyez rassuré, désormais en 2013, nous avons des outils efficaces pour que nos soldats retrouvent une vie normale. Partout en France, vous trouverez des psy qui pratiquent l' EMDR. L'avantage de la méthode, c'est que très peu de séances sont nécessaires. Bon courage à vous Dominique BOCCA

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