Par-delà les murs : ces hommes qui agissent pour la sécurité

Par-delà les murs : ces hommes qui agissent pour la sécurité

Les prisons françaises explosent. Entre réalité et fiction, que se passe-t-il par-delà les murs pour les 66 000 personnes incarcérées et les 35 000 agents de l’administration pénitentiaire, dont près de trois quarts sont des surveillants ? Ceux qui protègent notre tranquillité et sécurité de citoyens exercent souvent un métier à risques difficile, ignoré, mais pourtant bien réel.

La violence en détention peut prendre plusieurs formes : physiques, verbales ou psychologiques. Le nombre des agressions, commises contre les surveillants ou entre détenus, est éloquent. Parce qu’elle s’exerce derrière les murs, elle ne se voit pas, mais pourtant… En 2015, plus de 4000 agressions contre le personnel et plus de 8000 entre détenus ont été répertoriées.

Signature de la convention en présence de Patrice Paulet, Président-directeur général de l'AGPM (au centre) et Monsieur Forget, Secrétaire Général de l'UFAP Unsa Justice (à gauche du Président)

Signature de la convention en présence de Patrice Paulet, Président-directeur général de l'AGPM (au centre) et Monsieur Forget, Secrétaire Général de l'UFAP Unsa Justice (à gauche du Président)

En janvier dernier, l’AGPM et l’UFAP ont signé une convention de partenariat. L’objectif est de resserrer les liens entre les deux entités en ouvrant d’une part toute la gamme des produits et services de l’AGPM aux membres de l’administration pénitentiaire, et d’autre part, l’UFAP s’engage à promouvoir l’AGPM auprès de ses adhérents au travers de ses publications et de son site internet et à faciliter l’entrée des délégués dans les établissements et à l’ENAP.

PORTRAIT STEPHANE

Stéphane Pieltant, surveillant au centre pénitentiaire de Bourg en Bresse et Secrétaire local de l’UFAP-Unsa Justice

Stéphane Pieltant, surveillant au centre pénitentiaire de Bourg en Bresse et Secrétaire local de l’UFAP-Unsa Justice a accepté d’apporter son témoignage pour le partager, en toute sincérité, avec les lecteurs du Blog AGPM.

Pourquoi avez-vous décidé d’exercer ce métier ? Quel est votre parcours professionnel ?

Après ne pas avoir renouvelé mon contrat comme engagé volontaire dans l'armée de terre j'ai monter ma propre entreprise. J'ai passé le concours de surveillant pénitentiaire car une connaissance me l'avait conseillé.

En effet, rares sont les agents qui exercent ce métier par vocation ! Il doit être rare d'entendre un enfant dire : "Quand je serai grand je travaillerai en prison ! " Ce n'est pas un métier qui fait rêver. On s'y retrouve parfois à la suite d'un parcours dans les       métiers de la sécurité : Gendarmerie, Police, et... Armée ! C'est de là que je viens.

J'ai vu dans le milieu carcéral un défi de taille à relever, un monde méconnu à explorer, une vraie mission de sécurité publique qui correspondait à mon caractère aventureux.

En quoi consiste le métier de surveillant ? A quoi ressemble une journée type ?

 La Loi Pénitentiaire de 2009 dit : "Le service public pénitentiaire participe à l'exécution des décisions pénales. Il contribue à l'insertion ou à la réinsertion des personnes qui lui sont confiées par l'autorité judiciaire, à la prévention de la récidive et à la sécurité publique dans le respect des intérêts de la société, des droits des victimes et des droits des personnes détenues. Il est organisé de manière à assurer l'individualisation et l'aménagement des peines des personnes condamnées."Au quotidien, c'est un peu être chef d'orchestre. C'est nous qui faisons battre le cœur d'une prison en organisant les mouvements des détenus.La journée commence à 07h par un contrôle de la présence et de la vie de chacun d'entre eux. Ensuite, au fil des heures, notre tâche est d'organiser leur journée en fonction de leurs droits et obligations : cours scolaires, travail aux ateliers, formations, rendez- vous médicaux, parloirs famille, extractions au tribunal, promenades, activités  sportives,  etc. Une prison, c'est une vraie fourmilière !

Notre travail consiste à assurer tous ces mouvements en toute sécurité pour les détenus   comme pour tous les personnels, tout en luttant contre les phénomènes de trafic, de       caïdat, de racket, de règlements de compte, de violence. Les journées sont intenses et exigeantes ! C'est un métier très actif.

 Il y a combien de détenus pour combien de surveillants ?

Tout dépend de l'établissement dans lequel on exerce. La meilleur réponse est : trop pour un seul agent ! On compte entre une cinquantaine et environ 120 détenus par étage. Le manque d'effectifs est dramatique et a des conséquences fortes sur notre métier comme dans le quotidien des détenus : insécurité, incapacité à assurer l'ensemble des missions, etc. Le ratio parle de lui-même...

Quel aspect de votre travail préférez-vous ? Aimez-vous le moins ?

J'aime le rythme élevé de ce métier. Chaque jour est différent même si le déroulement est bien rodé . Nouvelles têtes, nouveaux problèmes à régler. En milieu carcéral, le temps s'écoule différemment. Les ressentis sont beaucoup plus intenses du fait de l'enfermement. Quand on passe la porte d'entrée et les contrôles de sécurité, on passe sur une autre planète : c'est cette impression de basculer dans un monde différent et hors du commun qui me plaît. J'avoue que la part d'adrénaline qu'il me procure parfois me plaît aussi...

 A l'inverse, être confronté à la misère humaine, aux maladies, à la crasse, au bruit continuel, à la violence fréquente, parfois au sang et à la mort, est une chose qui peut s'avérer difficile. C'est un métier ambivalent dont il faut savoir accepter les deux aspects.

Quels sont les principaux risques du métier ?

En prison, nous sommes exposés à un public très varié que nous devons découvrir au fil du temps. La violence est omniprésente, et menace de se manifester à tout moment y compris chez les personnes dont elle n'est pas la nature. L'enfermement change souvent un homme. Personnellement, ce que je crains le plus, ce sont les fous ! Ils sont de plus en plus à être  incarcérés faute de lits en hôpitaux psychiatriques. Rien ne peut nous préparer          correctement à la confrontation avec des profils aussi instables et imprévisibles. Nos risques sont donc physiques mais il ne faut pas négliger les risques psycho- sociaux qui  résultent de la fatigue et du stress chroniques dans notre métier.

 Qu’avez-vous le droit de connaître sur le passé des détenus ?

Nous n'avons que rarement accès aux fiches pénales des détenus. Mais honnêtement, nous finissons toujours par connaitre les raisons de leur présence chez nous. Nous en connaissons parfois plus sur eux au détour d'un article de journal ou de confidences de leur part...

J'ai une politique que je partage avec un grand nombre de mes collègues : peu importe     leur passé. Leur comportement présent face à moi est la seule chose qui compte. C'est la meilleur façon de garder la neutralité indispensable au bon exercice de notre  mission, peu importe les faits parfois graves pour lesquels ils sont écroués. Voleurs, meurtriers, pédophiles, simples petits délinquants, etc.  Nous avons une obligation de distance par rapport à cela pour ne pas être influencés dans notre comportement.

 Quel type de liens arrivez-vous à tisser des prisonniers ? Y at-il une vigilance à adopter ? une formation pour gérer les relations ?

J'ai appris dans ce métier qu'il ne faut jamais se fier aux apparences. On peut discuter, rire, avec des détenus auxquels les faits reprochés sont graves, et se prendre la tête avec un simple voleur de poules. Et faire exactement l'inverse le lendemain... Aucun lien d'amitié ne peut et ne doit naître dans nos relations. Mais souvent, un respect mutuel après des années à se côtoyer naît forcément et permet un contact facile, comme entre vieilles connaissances. Pour autant la vigilance reste toujours de mise. Chacun sa place ! Cela évite des déviances dont une est très grave : la corruption. Notre formation professionnelle initiale nous forme un peu à cela mais c'est avant tout notre personnalité qui assure cette capacité à nous adapter et à équilibrer nos relations.

Est-ce que les détenus se confient parfois à vous (après tout, ce sont des êtres humains, et qui ont peut-être eu une vie difficile) ?

Très souvent ! Humeurs du jour, choc carcéral, séparation, décès, naissances, peurs, pressions, etc. Tout est prétexte ! Nous sommes les interlocuteurs privilégiés, car nous nous côtoyons au quotidien. Ils partagent avec nous leurs joies et leurs peines, leurs peurs et leurs doutes. Mais nous devons parfois creuser pour découvrir l'indicible derrière un cri, un repli, un    isolement, des larmes, un regard apeuré qui refuse de parler. Notre métier, c'est aussi aller au delà des apparences et des mots.

Quel est votre meilleur souvenir professionnel ? Un exemple de situation particulièrement complexe à gérer ?

Le meilleur : La libération d'un homme dont tout prouve qu'il mérite d'être réinséré parmi nous dans le monde libre, et ses larmes de joie, son regard résolu à prendre sa vie en mains. Ou encore le retour à la vie d'un homme que l'on sauve du suicide in extremis après lui avoir retiré la corde autour de son cou !

Le pire ?

Celui que l'on a pas réussi à sauver de lui-même...

A quels types de difficultés êtes-vous confrontés en tant qu’agent pénitentiaire (dangers du métier, conditions de travail) ?

Nombre d'heures supplémentaires inacceptable, fatigue, agressions de plus en plus fréquentes, prises d'otage, manque d'effectifs, prisons vétustes, administration souvent insensible et sourde à la détresse d'agents en souffrance physique et morale. Les points négatifs ne manquent pas et se multiplient ces dernières années...

A quelles difficultés sont confrontés les détenus (dont ils peuvent vous parler) ?

Violences physiques et morales, rackets, trafics, crises de manque, rejet de l'enfermement, un co-détenu qui leur déplaît, problèmes de santé, éloignement familial, peur du procès qui approche, etc. La liste entière est impossible à dresser.

A votre avis que faudrait-il pour améliorer les conditions de vie des prisonniers ? et du personnel ?

Plus de personnels pénitentiaires permettrait un meilleur suivi des détenus. Nos problèmes sont intimement liés, souvent indissociables ! Plus de places de prisons aussi, dans des établissements à taille humaine, serait aussi préférable à cette espèce de gestion industrielle qui règne aujourd'hui.

Ne vous sentez-vous parfois vous-même en prison ?

On dit parfois aux détenus que nous, agents, avons pris "perpét" ! Notre enfermement est volontaire. Celui qui vient la boule au ventre, avec la peur d’être enfermé, n'a qu'une seule solution : arrêter ce métier ! Pour sa santé physique et mentale.

Quels sont vos recettes pour garder du recul et avoir une vie privée normale (pour évacuer le stress) ?

Une vie de famille équilibrée et éloignée de ce métier, dont je fais une règle de ne pas parler à la maison ! Le sport est un excellent moyen d'évacuer la pression. Sortir, profiter d'être libre, c'est une façon d'exorciser. Et je ne m'en prive pas !

Que vous inspire le rôle de l’AGPM vis-à-vis de la pénitentiaire ?

On attend de l'AGPM une vrai connaissance de notre métier pour pouvoir répondre au   mieux à la problématique de nos fonctions aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de nos établissements! Elle doit s'appuyer sur des personnes qui maîtrise cette environnement particulier, quoi de mieux que le pénitentiaire pour la pénitentiaire. Notre profession est tellement méconnue que nous avons le sentiment d'un manque de connaissance!Aujourd'hui, les personnels de l'administration pénitentiaire attendent de  l'AGPM une   couverture adapté comme elle sait le faire pour tous les métiers de la sécurité.

Quels sont les similitudes, réalités communes, que vous percevez entre personnels militaires et agents pénitentiaires ?

Il y a un point vraiment similaire : dans les deux cas, il faut se préparer à combattre sans connaître le moment où peuvent débuter les hostilités. Mais le but principal d'un militaire comme d'un pénitentiaire, c'est d'être une force de dissuasion qui veille sur la paix et la sécurité. Les deux métiers ne sont pas si éloignés...

Faut-il être sportif ou en bonne santé pour être agent pénitentiaire ? quels sports pratiquez-vous ?

Une bonne condition physique est indissociable d'une bonne condition mentale. Mieux vaut être alerte, bien dans son corps, pour intervenir sur une scène parfois violente face à des détenus qui sont souvent bien préparés ! Nous sommes formés à intervenir, certes, mais il faut ajouter un bon entretien physique à nos techniques d'intervention. Pour notre sécurité et celle de nos collègues !

Comme à l’armée, avez-vous des équipes sportives, des championnats ?

Oui nous avons plusieurs choses à un niveau national, équipes de pétanques avec différents tournois, équipe de France pénitentiaire. Mais aussi par l'intermédiaire de l'ASMJ (Association Sportive du Ministère de la Justice) , il y a différentes manifestations tournoi football, course à pied, tennis de table, badminton, tir, etc...

 

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